Témoignage de Didier de la Porte :
Michael Weiler a commencé son exposé en expliquant que dans ce genre de séminaire,
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| Michael Weiler, apiculteur biodynamique |
l'intervenant n'est là que pour permettre aux pauses d'exister, car l'essentiel se vivait pendant les pauses... Et c'est vrai qu'elles furent des moments forts, riches et animés ; ainsi que les repas préparés tous ensembles, sans oublier les petits déjeuners où nous pouvions savourer toutes sortes de miels que chacun avait amenés.Cependant, c'est bien la richesse et la profondeur des interventions de Michaël Weiler qui ont nourri cette ambiance fructueuse.La première matinée, en partant de données connues de tout apiculteur, Michaël Weiler a su nous faire entrevoir des aspects essentiels de ce qu'est une colonie d'abeilles et la place unique qu'elle a au sein des interactions dynamiques qui régissent la nature et l'homme.Alors que de façon générale, les animaux vivent au dépend d'autres êtres vivants, les insectes butineurs permettent aux plantes à fleurs de se reproduire, et parmi eux l'abeille est très particulière. Une abeille isolée ne peux pas vivre, elle n'existe qu'au travers de sa colonie. L'unité vivante est la colonie. Nous pouvons ressentir son « humeur », nous pouvons même nous « sentir observé », mais « où sont les yeux qui nous regardent » ?
Alors que tout être vivant se développe en s'encrant sur la Terre, en croissant grâce à l'Eau pour s'élever vers la Lumière et la Chaleur, la colonie d'abeilles qui commence sa vie en tant qu'essaim n'est que Chaleur. Lorsque celui-ci se pose sur une branche et qu'il grandit de haut en bas, sa température est de 40°. De cette chaleur, les abeilles « transpirent » de la cire dont la couleur presque transparente, la structure, la combustion sans aucune cendre témoignent de son lien à la Lumière. C'est la Lumière qui permet à la Chaleur pure de se condenser dans la cire. La cire n'est pas un matériau pris à l'extérieur dans la nature pour construire son habitat , elle est directement produite par la colonie. Les rayons de cire sont le « squelette » de la colonie. La composition chimique, l'odeur, l'agencement des rayons sont spécifiques à chaque colonie qui s'avère être une individualité propre que l'on doit respecter le plus possible. Le passage d'un cadre d'une colonie à une autre, doit être vu comme une « transplantation d'organe » à ne faire que si nécessaire.
Mais reprenons le développement de notre colonie. Les œufs pondus par la reine, tout comme les larves sont comme de petits sacs contenant une substance presque liquide et baignant dans une goutte de gelée nourricière qui contient 80% d'Eau.
Puis 14 jours après la ponte, le liquide contenu dans la pupe se densifie, se fige, se cristallise : l'élément Terre est en action. En 45 minutes, toutes les formes de la future abeille apparaissent progressivement en commençant par la tête. Les jours suivants, ces formes durcissent en même temps qu'elles prennent leur couleur, en commençant par les yeux. Michaël Weiler nous a projeté un film magnifique montrant toute cette métamorphose.
Puis 21 jours après la ponte, l'abeille ouvrière sort de son alvéole et de jour en jour, elle s'éloigne du centre de la colonie. Elle commence par nettoyer les alvéoles de son lieu de naissance, puis elle maintient la chaleur de couvain. Tout en exécutant ses tâches successives, elle consomme beaucoup de pollen. Celui-ci doit être abondant et varié afin d'assurer un développement harmonieux de la future butineuse et lui permettre de réaliser sa tâche jusqu'au bout. Ses glandes se forment progressivement en commençant par les glandes nourricières sur la tête et le haut du thorax ; notre abeille alimente maintenant les larves les plus vielles, puis les plus jeunes plus à la périphérie. Puis sous l'abdomen, les glandes cirières entrent en fonction, lui permettant de prolonger les constructions à la périphérie des rayons. À l'extrémité de l'abdomen, la glande à venin se remplit progressivement. Quand celle-ci est pleine, notre abeille est adulte. Elle commence alors à sortir de la ruche en tant que gardienne. Puis elle devient butineuse, et jusqu'à sa mort elle participe à la fécondation des fleurs et clair-sème son venin de ci de là.
On voit donc qu'un flux continu s'écoule du centre de la colonie vers sa périphérie. Et si l'hiver et la nuit, ses limites sont contenues dans la ruche, dés que la lumière et la chaleur sont suffisantes, la colonie peut se dilater sur plusieurs kilomètres pour accomplir pleinement sa tâche.
« L'Abeille, à partir de l'élément originel qu'est la Chaleur, apporte à la nature un nouveau souffle de vie. »
Dans l'après-midi, Michaël Weiler nous a montré comment l'essaimage faisait partie intégrante de la vie de la colonie et comment celle-ci y mettait toute son énergie.
Il nous a décrit avec précisions le processus de croissance de la colonie au printemps, de la ponte des premiers œufs fin janvier – début février, à l'excès du nombre de nourrices début mai qui s'accompagne de la mise en place de l'essaimage, manifestation de « l'enthousiasme » débordant de la colonie. Non contenu, il peut arriver que les derniers essaims gros comme une pomme fassent 10 km et même jusqu'à 30 km avant de se poser ! Et si on limite totalement cette « explosion de la vie », on finit par rendre la colonie « dépressive ».
Michaël Weiler nous a dessiné un grand schéma donnant l'évolution du nombre d'abeilles dans la colonie de l'hiver jusqu'à l'éclosion des premières filles de la nouvelle reine. Ceci nous a permis de suivre les conséquences de l'essaimage et de voir comment les 2000 abeilles qui naissent alors chaque jour repeuplent très vite la ruche et permettent la création d'essaims secondaires.
Ensuite, nous sommes passés aux conséquences pratiques. Michaël Weiler est un des responsables du cahier des charges de l'apiculture Déméter dont il nous a rappelé les principales obligations : construction des rayons entièrement naturelle au moins au niveau du couvain , renouvellement par des reines issues de cellules royales où l'œuf a été directement déposé par la reine-mère, ...
Puis il nous a montré sa façon de travailler. Il utilise des ruches Dadant avec cadres mais sans cire gaufrée. Après avoir précisé qu'il fallait refroidir le moins possible le couvain et ne pas créer de vide dedans, il nous a décrit les interventions qu'il fait tous les 9 jours au printemps. C'était vraiment très intéressant de voir dans le détail, le pourquoi de ses pratiques.
Au printemps, en fonction de la vigueur de la colonie, il limite avec des partitions la largeur du corps de ruche pour permettre un développement optimum du couvain dans un volume facile à chauffer. Puis les partitions sont retirées petit à petit.
Sous le corps de ruche, il met une demi-hausse totalement vide avec une trappe de visite. Dés que la colonie veut y bâtir des rayons, il est temps de mettre une hausse.
En rive, Michaël Weiler met un cadre non bâti qu'il surveille tous les 9 jours. Tant que la construction forme un arc continu, régulier, harmonieux, il n'y a pas de risque d'essaimage. Si des vagues apparaissent, c'est que la colonie n'est plus à l'unisson et que le processus d'essaimage se met en place. Elle va alors commencer à construire des débuts de cupules.
Dés qu'un œuf est déposé dans une cupule, la future reine est en formation, il est alors possible pendant les 9 jours qui suivent de devancer le futur essaimage en créant un essaim artificiel sans que la future reine provienne de l'élevage d'une reine de sauveté.
Pour la création de l'essaim artificiel, Michaël Weiler recherche la reine et récupère les abeilles de 6 cadres en les secouant. Elles sont mises en cave et nourris pendant 2 à 3 jours pour que l'essaim s'unifie. Puis elles sont mises dans leur ruche définitive en les déposant devant. Celle-ci est d'abords limitée à 6 cadres non bâtis pour permettre un démarrage rapide de la colonie dans un volume qui lui convient, facile à chauffer. Les partitions sont retirées au bout de 2 à 3 semaines, lorsque les 6 cadres sont entièrement et très régulièrement bâtis et pourront être la base du future couvain au centre de la ruche. A l'automne, afin d'assurer un bon hivernage, l'espace est réduit en fonction de la taille de la colonie.
Au niveau de la souche mère, si Michaël Weiler souhaite cesser l'essaimage, il ne laisse que 2 cellules royales, les plus martelés sont les meilleurs, ce sont celles auxquelles la colonie porte le plus d'attention. Une telle cellule royale peut être inséré dans une colonie pour renouveler une reine vieillissante.
Si Michaël Weiler souhaite multiplier ces colonies, il divise sa ruche pour y faire 4 colonies sur 2 cadres en répartissant couvain et réserve et en s'assurant qu'elles aient toutes des cellules royales habitées. Puis 3 à 4 semaine après, chaque nouvelle colonie est mise sur 4 cadres avec éventuellement sélection et regroupement de colonies. Lorsque les 4 cadres sont pleins, la colonie est transférée dans sa ruche définitive. À l'automne, une sélection avec regroupement est faite afin de n'obtenir que des colonies qui occupent 6 cadres avant l'hiver. Une colonie trop petite est réunie à une plus forte en la posant dessus avec un papier entre les deux, c'est la colonie qui gère le trou de vol qui élimine l'autre reine. Si une colonie est douteuse au niveau pathologique, seules les abeilles sont récupérées en les mettant par terre pour qu'elle se fassent accueillir par une autre colonie, le couvain est alors détruit.
Ainsi ne sont conservées que les colonies suffisamment fortes, avec des reines vigoureuses. De telle colonies se maintiennent en bonne santé, retrouvent l'instinct de renouveler elles-même leur reine vieillissante à un moment favorable. Et elles peuvent assurer la pérennité du rucher.
Toutes ces descriptions étaient captivantes, mais aussi très étonnantes pour moi car depuis 2 ans, j'utilise avec beaucoup de joie la ruche Warré ( après 5 décennies avec quelques ruches Dadant), et je constatais que cette ruche de par sa conception, permet de satisfaire la plus part des souhaits de Michaël Weiler sans même ouvrir la ruche (voir les témoignages suivants).
© 2010 Didier de la Porte
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